Les 18 et 19 avril
Daniel Barenboim et Bruckner

En deux concerts avec la Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim croise les univers de Mozart et de Bruckner, compositeurs dont il est l’un des plus fidèles interprètes.

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Jusqu’à quel point un chef peut-il en inspirer un autre ? Peut-on, doit-on débusquer dans l’art d’un cadet, contre toutes les différences d’origine, de génération, de parcours, et donc d’expérience, une correspondance secrète avec celui d’un aîné, Wilhelm Furtwängler en l’occurrence ? Entendre Daniel Barenboim diriger Beethoven, Wagner, Schönberg ou aujourd’hui  Bruckner, mène irrésistiblement l’auditeur qui a de la mémoire à se poser la question. Une certaine culture du son, de la couleur, du phrasé (et des subtiles variations organiques qui l’animent), une sorte de piété allemande enfin, nous disent beaucoup de cette proximité, qui s’est d’ailleurs approfondie et précisée avec les années.

Très jeune encore, en aout 1954, Daniel Barenboim avait assisté au dernier concert de Furtwängler à Salzbourg, avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, quelques semaines avant sa disparition. Expérience fondatrice, dont le jeune prodige argentin semble n’avoir cessé de retrouver les clés, l’âge et la maturité venues : en enregistrant la Deuxième Symphonie de son aîné admiré à Chicago (Teldec), voire – dangereuse traversée du miroir ! – en gravant une Cinquième Symphonie de Beethoven « imitant » explicitement le style de Furtwängler, pour les besoins du film d’Istvan Szabo, Talking Sides, dont Furtwängler est le héros tragique. Il n’est pas jusqu’au fait de diriger du piano qui ne les rapproche (mais Furtwängler s’y adonnait surtout pour célébrer Bach), une pratique usuelle jadis chez un Bruno Walter ou un Dimitri Mitropoulos. Mozart est cette fois à l’honneur, imprégné de cette fantaisie improvisatrice, de ce souffle changeant de l’instant dont Barenboim a donné maints exemples.   

Barenboim

Photo : © Monika Rittershaus

Il demeure aujourd’hui le seul chef d’orchestre à avoir enregistré deux intégrales homogènes des symphonies de Bruckner, à Chicago d’abord (DG), puis à Berlin, avec l’Orchestre philharmonique (Teldec). Ecouter les extraits sonores
C’est la preuve moins d’un zèle missionnaire que d’une quête spirituelle, d’une légitimité artistique profonde et ancienne. Quittant les Etats-Unis pour la vieille Europe, la seconde franchissait très naturellement une nouvelle étape. Les concerts avec la Staatskapelle de Berlin illustrent sans doute un autre stade encore : de son propre aveu, lorsqu’il dirigea pour la première fois cet ensemble riche d’une longue tradition (la Königlich-Preussische Hofkapelle a été fondée en 1811 sur le modèle du Concert spirituel parisien), il eut la sensation de retrouver, miraculeusement conservé, le « vieux son allemand » des années vingt et trente, dont témoignent tant de 78 t. glorieux. Il en est Chefdirigent depuis 1992. Qu’il ait ainsi succédé à Furtwängler (patron de 1920 à 1922, puis en 1933-1934), qu’il ait choisi la même année Parsifal comme première nouvelle production à l’Opéra Unter den Linden ne fait que parfaire l’image d’ensemble : celle-là même qui va nous ouvrir les portes d’une légende brucknérienne aux racines enfouies dans le passé, mais qui demeure.

Rémy Louis

Assister aux concerts :

Extraits sonores :

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Extraits de l'album The Nine Symphonies, Helgoland Warner Classics

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